L’Unique époque chapitre 1/ Partie 1

Voici le début d’un roman que je vous partage.

Chapitre 1: Le jour des treize ans

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, ou plutôt notre anniversaire.
Je suis deux, je suis paire, je suis double.
Je suis elle, elle est moi, nous sommes deux dans cette étrange aventure qu’est la vie.

“Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau” disent souvent les gens qui nous voient dans la rue lorsque nous sortons chercher une baguette à la boulangerie le matin, ou quand nous allons à l’école. Les instituteurs nous confondaient déjà à l’école élémentaire mais plus nous grandissons, plus nous nous ressemblons physiquement.

A notre naissance, ma soeur était malade, elle avait des problèmes respiratoires et d’après les médecins, je devais avoir cette maladie moi aussi, car nous partagions la même poche dans le ventre de notre mère mais je ne l’ai pas eue, ou du moins, elle ne s’est pas développée dans mon organisme car j’étais plus forte que ma soeur, mon père m’a donc appelé Louise, qui signifie “glorieuse combattante”, et a appelé ma soeur jumelle Joséphine. Quelques années après notre naissance, mon frère est né, il s’appelle Paul et a trois ans d’écart avec nous.
 Nos prénoms sont en quelque sorte les dernières choses qu’il nous reste de notre père. 
“Un homme bon”, “fort”, “courageux”, “bel homme”, “généreux”.
C’est comme cela que les gens le décrivent, mais il nous reste de bons souvenirs avec lui. Notre père est décédé l’an dernier, à la guerre, le jour de nos douze ans. La plupart des gens aiment le jour de leur anniversaire, cependant notre famille appréhende cette journée depuis un mois. Celui-ci nous fait penser à notre père, encore plus que les autres jours car nous allons nous rappeler de cette horrible nuit de décembre, ou cet homme vêtu de noir a frappé à la porte de notre grande maison, au centre de Paris. Ma mère était assise dans le salon, à broder un mouchoir de soie, avec notre initiale dessus, cela allait être notre cadeau pour le jour de notre anniversaire, le lendemain. Nous étions tous assis autour de la cheminée, pour nous réchauffer les pieds par ce triste mois. Lorsque ma mère est revenue, après avoir ouvert au drôle de monsieur, elle est revenue dans le salon. La tête pâle, le regard vide, la main sur son gros ventre et a simplement dit:

-Cet enfant ne connaîtra jamais son père.

C’est le souvenir qui me ronge chaque soir avant de m’endormir. Cela fait un an aujourd’hui. Un an que ma mère est triste, un an qu’elle n’a plus goût à rien, un an que les gens ne cessent de nous dire que le temps est le seul remède contre la tristesse, un an que je leur répète que lorsqu’un membre de sa famille est mort, à la guerre le jour de notre anniversaire, que lorsque ma soeur est née, ma mère était seule, sans notre père et que depuis ce jour, elle est allongée dans son lit et est affaiblie, ne pense qu’à notre père et que nous devons nous occuper de notre mère malade de tristesse, de notre petite soeur qui n’a pas un an et que nous pensons à notre père chaque fois que nous voyons mon frère, le temps ne peut pas lutter contre cette tristesse qui nous assomme chaque jour un peu plus que la veille.

Suite :partie 2

Vieillebestiole

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